Pour « le punir », d’avoir hébergé et facilité le départ d’un dangereux « agitateur sectaire » la sinistre Securitate roumaine avait donc subtilisé les quatre roues de sa quatre L.
Pour être précis, il convient tout d’abord indiquer qu’il avait troqué au bout de quelques mois en Roumanie, sa valeureuse Lada pour une Renault 4 fourgonnette, véhicule plus français que la Lada russe, mais surtout plus pratique pour les échappées en camping des weekends et vacances.
Pas très méchant dirons-nous, comme il était proche de l’Ambassade de par son statut dans le pays, il s’agissait, pourrait-on dire, d’une touche d’humour de la part ses amis barbouzes…
Mais ce qui aurait pu paraître dérisoire au premier abord s’avérait en réalité fichtrement complexe à résoudre…
Comme d’habitude, il avait fallu faire contre mauvaise fortune bon cœur et déployer des trésors d’imagination pour se tirer de ce vilain pas.
À commencer par dénicher quatre roues de 4 L. Rappelons qu’en Roumanie, à l’époque, il était avant tout possible de rouler qu’en Dacia « o mie tre sute »… Dacia treize cent… Ersatz de Renault 12…
Attention ! pas d’enthousiasme inconsidéré, en mille neuf cent quatre-vingt-deux on était loin, très loin des succès de la Logan des années deux mille en France ! Et pas moyen d’adapter les roues de la căruță locale à une « exotique » quatre L.
Pas d’espoir non plus côté Lada, les pièces détachées des véhicules du grand frère soviétique ne risquaient pas d’assurer le roulement harmonieux de notre voiture de plombier de l’ouest décadent…
Ah ! certes on avait bien ri ! Mais comment permettre à la pauvre auto de tracer sa route de nouveau ?
Pour commencer, c’était simple : utiliser les deux roues de secours. Dame ! vu que l’on crevait à tire-larigot, rapport aux clous des fers perdus par les chevaux tirant les căruță le long des voies de circulation roumaines…
Deux roues de secours, c’était un minimum pour se déplacer un tant soit peu dans ce beau pays !
Et de deux…
Pour la suite, richissime occidental il était doté du confort absolu et possédait de surcroit deux roues chaussées de pneus cloutés pour l’hiver.
Eurêka ! deux plus deux égal quatre… équation gagnante !
Oui, mais… pour fixer quatre roues… encore fallait-il disposer des écrous had oc…

Et allez savoir, filetage à la noix ou quoi, pas moyen de se procurer lesdits écrous dans le commerce local…
Et c’est comme ça, qu’il reçut par la valise diplomatique du mercredi, douze boulons flambant neufs via le Service Auto des Ambassades (officine bien connue des vieux expats !)
Et deuxième conséquence : une traversée de la Germanie avec une voiture chaussée de roues cloutées, au cœur de l’été, alors que la chose était déjà « streng verboten » en plein hiver !

D’où l’attaque d’apoplexie du garde-frontière à casque à pointe à la sortie du territoire à la vue de ces pneus… Mais… Raus !
Il faut dire que l’on parle d’un temps où les postes de douane marquaient encore la frontière de part et d’autre du Rhin…
Pour ce départ définitif nous nous suivions à deux voitures. Nous avions encore la Lada et donc la F6 chaussée de pneus à clous. D’ordinaire c’était à la frontière roumaine que les choses étaient compliquées. Enfin jusqu’au jour où nous avions trouvé la clé. Une ou deux cartouches de Kent posées sur le dessus des bagages, suivi d’un discret « Poftiți, vă rog ! » et les coups de tampons pleuvaient, la barrière s’ouvrait. Non cette fois c’est en Allemagne que les choses ont failli tourner vinaigre, heureusement c’était la sortie et Marie qui conduisait a pris son air le plus étonné possible. Le douanier a du nous dire en allemand quelque chose comme foutez moi l’camp ! On rentrait en France.