Lorsque nous avons quitté la Roumanie au terme des deux années réglementaires de mon service national comme VSNA (Volontaire du Service National Actif), nous avions une certitude : repartir à l’étranger, oui… mais surtout pas dans un pays de l’Est !
Le destin, qui possède un solide sens de l’humour, en décida autrement. C’est ainsi que nous avons enchaîné avec… la Bulgarie. Et pas pour un simple passage éclair : six années complètes !
Pendant ce temps, la contrebasse avait été mise à l’abri dans un cagibi d’une ancienne ferme du Pilat, à Tartaras, chez Casimir. Enfin, « à l’abri » est une façon de parler. Disons qu’elle patientait dans la pénombre en attendant des jours meilleurs.
De Casimir, je n’avais plus aucune nouvelle. Deux années passèrent encore. Puis, à l’occasion d’un séjour estival chez mes beaux-parents près de Roanne, je me décidai enfin à décrocher mon téléphone pour appeler le père de Casimir, dont j’avais conservé le numéro comme un explorateur garde une vieille carte au trésor.
La suite, vous la connaissez : la contrebasse fut retrouvée !
Les années suivantes, elle suivit fidèlement nos tribulations administratives et géographiques. Après la Bulgarie vinrent plusieurs destinations en France, puis une année en Suède, avant un nouveau retour au pays. La vieille dame traversait les déménagements sans broncher et semblait promise à une retraite paisible.
Mais c’était sans compter sur le dernier déménagement.
À l’époque, nous habitions Écully, la banlieue chic de Lyon, et nous venions d’acheter notre maison… dans le Pilat. La boucle était presque bouclée.
Les déménageurs s’activaient au milieu des montagnes de cartons accumulés par une famille de six personnes. Et puis, je ne sais plus très bien comment, le drame se produisit.
La contrebasse, adossée à un mur en attendant son tour, glissa soudainement.
Et s’écrasa au sol.
Manche cassé.


Après avoir traversé l’Europe, survécu aux changements de pays, aux caves, aux greniers et aux déménagements successifs, elle venait d’être vaincue par quelques secondes d’inattention.
L’instrument arriva donc à destination en bon état mais en deux parties comme le mat de mon Fireball !
Quelques semaines plus tard, je réalisai une réparation de fortune pour lui redonner vaguement sa silhouette d’origine. Le résultat était… disons… optimiste.
Et puis le temps passa.
Trece timpul.
Nous avons continué à déménager, en France et ailleurs. La contrebasse, elle, resta à la maison. Reléguée à l’étage, dans un coin, elle prenait doucement la poussière en attendant qu’on s’occupe enfin de son sort.
Et puis, cette année, je me suis décidé.
Direction un luthier de Vienne !

L’opération fut menée tambour battant. Quelques semaines plus tard, la voilà ressuscitée, droite sur ses pieds, prête à retrouver sa voix grave et profonde.


Mais l’histoire n’est pas terminée.
Car si je n’ai jamais revu Casimir, je viens en revanche de remettre la main sur toute une série de documents qui vont jeter une lumière nouvelle sur cette époque aujourd’hui disparue : la Roumanie des années Ceaușescu.
Et croyez-moi, il y a encore quelques histoires à raconter…
Alors…
À suivre !