J’avais bien récupéré ma contrebasse dans la maison que Casimir restaurait à Tartaras. Mais de Casimir lui-même, plus aucune nouvelle depuis cette fameuse soirée d’adieu organisée chez nous à Bucarest, soirée qui nous avait d’ailleurs valu un discret mais très réel « message de désapprobation » de la Securitate.

Puis les années ont filé.
Des décennies, même.
Jusqu’à cette année où j’ai enfin décidé de faire restaurer ma contrebasse. Et avec elle sont remontés à la surface quantité de souvenirs enfouis.
Une idée m’a alors tarabusté : qu’était devenu Casimir ?
Nous n’étions pas des amis intimes. Nous nous croisions de temps à autre à Bucarest dans des soirées lorsqu’il était de passage dans la capitale. Nous fréquentions davantage d’autres lecteurs de français disséminés dans les universités roumaines. Patrice V., par exemple, fut l’un de ceux qui nous ouvrit les portes du Maramureș.
En réalité, le moment où nous avons le plus côtoyé Casimir fut probablement cette soirée d’adieu. Je me souviens même que, l’après-midi précédant son départ, j’avais effectué la vidange de sa voiture dans la cour de l’École française. C’était ce même véhicule qui, le lendemain matin, quittait Bucarest en direction de la frontière, escorté par l’attaché culturel et les gardes de sécurité de l’ambassade.
Pour retrouver sa trace, je n’ai pas mené d’enquête dans la vallée du Gier où son patronyme est relativement répandu. Je me suis contenté d’explorer Internet.
Et là, les outils dont nous disposons aujourd’hui ont accompli ce qui aurait relevé de l’impossible il y a seulement vingt ans.
Peu à peu, j’ai pu reconstituer une partie de son parcours. Après la Roumanie, Casimir a poursuivi une brillante carrière universitaire internationale, notamment en lien avec l’université de Cambridge et plusieurs institutions chinoises. Il serait peut être localisé actuellement du côté de la Ciotat.
Mais la découverte la plus précieuse fut tout autre.
J’ai retrouvé une série d’articles qu’il a consacrée à son séjour roumain, publiée dans la revue roumaine Orizont entre août et octobre 2022.
Ces textes sont passionnants.
Ils décrivent exactement l’époque que nous avons vécue. Ils racontent avec une remarquable précision cette Roumanie de Ceaușescu que nous avions tant de mal à faire comprendre à nos familles et à nos amis restés en France. Beaucoup peinaient à croire ce que nous leur racontions tant la réalité dépassait parfois l’imagination. Pourtant, tout cela était bien réel.
À travers ses souvenirs, c’est tout un monde disparu qui ressurgit.
Dans le prochain article, je publierai la première partie des mémoires de Casimir, accompagnée de mes propres commentaires et souvenirs. Une plongée dans une époque aussi fascinante qu’ubuesque.