Extrait de « Africa’s cool » chapitre 3 : les quais de la gare de Tulle.
(…) De son côté la coterie catholique n’est pas en reste pour attirer l’attention sur elle. Les dames de la paroisse encadrent les filles du catéchisme. Celles-ci en robe blanche, coiffée de couronnes de fleurs tiennent un cierge allumé à la main.
Un incident fâcheux vient troubler cette ferveur chrétienne. Alors que le chœur des voix aigrelettes des jeunes pucelles entame le Salve Regina, la jeune Marie Gourdasse, une grande perche de quatorze ans, allergique aux herbes des champs, est prise d’une violente série d’éternuement. Son grand nez est juste à la hauteur de la tête couronnée de fleurs de la petite Lucette Trottignon placée devant elle. Désespérée, la malheureuse effectue des moulinets avec son cierge allumé, ce qui a pour effet d’embraser illico les végétaux qui ornent la tête de ses deux proches voisines, qui se mettent à glapir et à s’agiter à leur tour, propageant l’incendie sur les crânes des autres jeunes tendrons. Fort heureusement un petit chauffeur à la mine chafouine qui achevait la mise en pression d’une Pacific 231 sur le quai voisin se précipite sur son tender et ouvrant la trappe de ravitaillement plonge un seau qu’il remplit pour asperger les filles en feu et circonscrire le début d’embrasement.

Cette action suscite un tonnerre d’applaudissements de la part du groupe progressiste qui salue l’exploit du camarade cheminot. La délégation entame l’internationale pour célébrer et féliciter le vaillant prolétaire qui n’a pas hésité à voler au secours de la « réaction » quand la situation humanitaire l’exigeait.
Le calme revenu, les filles pleurnichent, les fleurs pendouillent lamentablement sur leurs belles robes blanches trempées. Le docteur Rouston ne peut s’empêcher de rigoler tandis que mademoiselle Fumince le fusille du regard et l’apostrophe :
— Vous feriez mieux d’ausculter cette pauvre enfant qui a manqué de s’étouffer !
La pauvre enfant en question, la jeune Marie Gourdasse, affalée sur la brouette du chef de gare, qui lui sert pour se coltiner les grosses burettes d’huile servant à graisser les locomotives et la serrure de la porte des cabinets de la gare, se remet péniblement de sa crise. Les yeux exorbités, les joues rouges, elle halète tel un soufflet de forge crevé.
(…)
