Extrait de « Coup de farce au Vatican » – chapitre 4 : les crêpes du Petit Saint Bernard
(…) Le professeur attentif à sa conduite et soucieux de maintenir la moyenne, demeure très absorbé par le pilotage de son automobile. Il n’en commente pas moins le paysage pour la bonne instruction de ses passagers.
La route aborde les premiers faubourgs de Lyon et longe de grands bâtiments industriels.

– Voici les usines Quenelium Lugdunum Podzobum, annonce l’entomologiste distingué. C’est ici que sont produites les célèbres quenelles de Lyon.
Celles-ci sont récoltées crues dans les plantations de la vallée du Rhône puis acheminées par péniches jusqu’à ces usines.
Le naturel charcutier de Couic l’incline à se passionner sur cet éminent sujet gastronomique.
– Est-ce vrai professeur que les arbres à quenelles, les quenelliers, poussent exclusivement dans la vallée du Rhône ?
– Oui, c’est exact, mon garçon. Dans un périmètre très restreint au sud de Lyon et en particulier sur les bords du Rhône, plus précisément dans les lônes, ces bras secondaires du fleuve, plus ou moins dormants.
Les racines des quenelliers plongent à moitié dans l’eau de la rivière et c’est là que des brochets lascifs viennent se gratter le derrière sur celles-ci. On ne s’explique pas vraiment le phénomène. Des études sont en cours pour tenter de percer le mystère qui entoure cette singulière pratique animalière. Toujours est-il, que c’est cette opération qui confère cet arôme si particulier aux fameuses « quenelles de brochets ».

– C’est fou ce que l’on peut apprendre en voyageant, soupire Madame Tutu toute songeuse.
(…)
