Trece Timpul – Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.
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Quand on vous dit qu’une contrebasse c’est volumineux… Il avait été obligé de scier les montants du coffre de sa Lada pour pouvoir la trimballer et aller aux répètes.
Une contrebasse, c’est gros, en principe, ça ne s’égare pas comme ça.
C’est pourtant ce qui lui était arrivé dans des circonstances particulières… Tout cela grâce ou à cause de Casimir.
Casimir était le lecteur de l’université de Galați (prononcer « galatz »), une ville située dans le delta du Danube.
Être assistant étranger dans une faculté roumaine pendant les années Ceauşescu, c’était très simple : il convenait d’en faire le minimum. Le mieux étant d’être absent le plus souvent possible ou de passer son temps à Bucarest au sein de la communauté expatriée en évitant de fréquenter les Roumains.
Mais ça, ce n’était pas le genre de Casimir, voilà que l’imprudent, l’impudent, s’entêtait à dispenser des cours de qualité, lesquels recueillaient un succès et une audience grandissants auprès de ses étudiants. Il devenait populaire, on parlait de lui trop souvent dans le microcosme de l’université et de la ville.
Très mauvaise mayonnaise…
Ce qui devait arriver arriva… La Securitate, la tristement célèbre police politique du régime, finit par lui coller une sale affaire aux basques. Un montage grossier qui le plaçait au centre d’une soi-disant dérive sectaire…
Affaire bâtie de toute pièce, mais la Securitate ce n’était pas de la rigolade, vous pouviez disparaître corps et biens du jour au lendemain…
Heureusement « l’Ambassade » veillait, et réagissant à temps, réussit à tirer du pétrin notre Casimir en négociant son expulsion avec les autorités…
L’attaché culturel, bardé de sa sacro-sainte immunité diplomatique était allé exfiltrer Casmir de Galați puis l’avait escorté jusqu’à Bucarest. Le diplomate ne le lâchait plus d’une semelle. Notre ami consacra ses dernières vingt-quatre heures dans le pays à organiser le rapatriement de ses effets personnels, car il avait statutairement droit à un déménagement vers la France.
Casimir était un copain, pendant que celui-ci réglait ses formalités de départ, toujours flanqué de son garde du corps de l’Ambassade, il avait effectué la vidange de son auto dans la cour de l’école…
Le dernier soir, pour célébrer les adieux, une ultime fête s’était improvisée chez lui qui avait réuni toute la bande de potes et une partie de la communauté française.
Et c’est ainsi qu’il eut le bonheur de retrouver sa voiture stationnée dans la rue en bas de chez lui, posée sur les tambours, le lendemain matin.

La Securitate lui adressait un petit signal amical, se rappelant de la sorte à son bon souvenir, en lui subtilisant les quatre roues…
Évidemment raconté comme tel, en France, personne ne pouvait y croire… pourtant c’était bel et bien un épisode banal du quotidien…
Cependant l’histoire de la contrebasse ne s’arrêtait pas là, pas plus que celle des roues d’ailleurs…
Le départ de Casimir intervenait quelques semaines à peine avant la fin de son propre séjour à lui, au terme de son contrat.
Casimir possédait une maison peu éloignée du pied à terre qu’il occupait en France chez les parents d’Emma. Profitant de l’aubaine, il avait emballé l’instrument en hâte et l’avait glissé dans le déménagement de Casimir, se promettant de le récupérer dès que possible. Cela lui ôtait une belle épine du pied, car comment caser ce foutu machin qui occupait à lui seul tout l’espace de sa voiture dans les bagages de retour ?
Casimir était parti le lendemain de la fête, direction la frontière hongroise, escorté par des diplomates ; il ne devait plus jamais le revoir…
(…)
