Autrefois, je tenais un blog. J’y déposais des fragments de vie, des souvenirs de voyages, des épisodes parfois insolites, parfois franchement rocambolesques, glanés au fil de nos expatriations. Une sorte de carnet de bord où se mêlaient le quotidien, l’aventure et quelques rencontres improbables.
Puis une question s’est imposée : que resterait-il de tout cela dans quelques années ? Les souvenirs ont la fâcheuse habitude de s’effacer, et les blogs, contrairement à ce que l’on croit, ne sont pas éternels. Une panne, un oubli, un hébergeur qui disparaît… et toute une mémoire peut s’évaporer.
C’est ainsi qu’est née l’idée d’écrire un livre.
Dans mes tiroirs sommeillait déjà l’ébauche d’un récit inachevé. J’ai donc choisi la voie du roman. Comme aurait pu le dire Coluche, c’est l’histoire d’un type qui essaie d’écrire un livre. Un étrange récit avec le temps en filigrane et qu’il trimbale de pays en pays sans jamais le terminer.
Mais, page après page, sans vraiment s’en rendre compte, il découvre que le sujet de son livre n’est pas celui qu’il croyait. Car derrière les voyages, les rencontres et les péripéties se dessine peu à peu une autre histoire.
Pour « le punir », d’avoir hébergé et facilité le départ d’un dangereux « agitateur sectaire » la sinistre Securitate roumaine avait donc subtilisé les quatre roues de sa quatre L.
Pour être précis, il convient tout d’abord indiquer qu’il avait troqué au bout de quelques mois en Roumanie, sa valeureuse Lada pour une Renault 4 fourgonnette, véhicule plus français que la Lada russe, mais surtout plus pratique pour les échappées en camping des weekends et vacances.
Pas très méchant dirons-nous, comme il était proche de l’Ambassade de par son statut dans le pays, il s’agissait, pourrait-on dire, d’une touche d’humour de la part ses amis barbouzes…
Mais ce qui aurait pu paraître dérisoire au premier abord s’avérait en réalité fichtrement complexe à résoudre…
Comme d’habitude, il avait fallu faire contre mauvaise fortune bon cœur et déployer des trésors d’imagination pour se tirer de ce vilain pas.
À commencer par dénicher quatre roues de 4 L. Rappelons qu’en Roumanie, à l’époque, il était avant tout possible de rouler qu’en Dacia « o mie tre sute »… Dacia treize cent… Ersatz de Renault 12…
Attention ! pas d’enthousiasme inconsidéré, en mille neuf cent quatre-vingt-deux on était loin, très loin des succès de la Logan des années deux mille en France ! Et pas moyen d’adapter les roues de la căruță locale à une « exotique » quatre L.
Pas d’espoir non plus côté Lada, les pièces détachées des véhicules du grand frère soviétique ne risquaient pas d’assurer le roulement harmonieux de notre voiture de plombier de l’ouest décadent…
Ah ! certes on avait bien ri ! Mais comment permettre à la pauvre auto de tracer sa route de nouveau ?
Pour commencer, c’était simple : utiliser les deux roues de secours. Dame ! vu que l’on crevait à tire-larigot, rapport aux clous des fers perdus par les chevaux tirant les căruță le long des voies de circulation roumaines…
Deux roues de secours, c’était un minimum pour se déplacer un tant soit peu dans ce beau pays !
Et de deux…
Pour la suite, richissime occidental il était doté du confort absolu et possédait de surcroit deux roues chaussées de pneus cloutés pour l’hiver.
Eurêka ! deux plus deux égal quatre… équation gagnante !
Oui, mais… pour fixer quatre roues… encore fallait-il disposer des écrous had oc…
Va ‘en trouver ça en Roumanie en 1980… certes on aurait pu bricoler … comme les Roumains.
Et allez savoir, filetage à la noix ou quoi, pas moyen de se procurer lesdits écrous dans le commerce local…
Et c’est comme ça, qu’il reçut par la valise diplomatique du mercredi, douze boulons flambant neufs via le Service Auto des Ambassades (officine bien connue des vieux expats !)
Et deuxième conséquence : une traversée de la Germanie avec une voiture chaussée de roues cloutées, au cœur de l’été, alors que la chose était déjà « streng verboten » en plein hiver !
Des pneus à clous !!! et en plus en été !!!
D’où l’attaque d’apoplexie du garde-frontière à casque à pointe à la sortie du territoire à la vue de ces pneus… Mais… Raus !
Il faut dire que l’on parle d’un temps où les postes de douane marquaient encore la frontière de part et d’autre du Rhin…
Trece Timpul– Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.
(…)
Une ou deux années s’étaient écoulées. Un été, alors qu’il était en vacances en France, il s’était décidé à renouer avec Casimir pour tenter de récupérer la contrebasse…
Le numéro de téléphone qu’il avait noté fonctionnait encore et il tomba sur son père qui lui expliqua que son fils n’était pas là, mais qu’il disposait des clefs et qu’il pouvait lui ouvrir la maison. Oui, oui, une contrebasse, ça lui disait quelque chose.
Le domicile de Casimir se trouvait dans un hameau perdu sur les flancs du Pilat, ce même massif où il aurait bien plus tard, lui aussi, sa propre demeure en pierres…
La fermette n’était pas immense, accompagné par le père de Casimir, le tour en fut vite terminé… mais de contrebasse, point.
Merde ! Voilà qu’il réalisait qu’il avait paumé un instrument de la taille d’un veau… entre Danube et vallée du Giers… une paille !
Le bonhomme se souvenait que la maison avait été cambriolée l’année précédente… Fichtre, des monte-en-l’air mélomanes… dans la vallée du Giers, ce n’était pas de chance…
Alors qu’il s’apprêtait à partir, il aperçut au-dessus d’un escalier une petite porte. Bon sang, mais c’était bien sûr ! le cagibi ! il se glissa dans l’étroite ouverture et, oui, elle était là, emballée dans ce même tissu à carreaux rouges et blancs. Intacte, impeccable !
C’est exactement comme cela qu’elle m’apparrut alors que j’allais partir …
Il avait retrouvé son cher instrument !
Doum, doum, doum…
Mais le feuilleton de la contrebasse perdue ne s’arrêtait pas à cet instant.
Trece Timpul– Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.
(….)
Quand on vous dit qu’une contrebasse c’est volumineux… Il avait été obligé de scier les montants du coffre de sa Lada pour pouvoir la trimballer et aller aux répètes.
Une contrebasse, c’est gros, en principe, ça ne s’égare pas comme ça.
C’est pourtant ce qui lui était arrivé dans des circonstances particulières… Tout cela grâce ou à cause de Casimir.
Casimir était le lecteur de l’université de Galați (prononcer « galatz »), une ville située dans le delta du Danube.
Être assistant étranger dans une faculté roumaine pendant les années Ceauşescu, c’était très simple : il convenait d’en faire le minimum. Le mieux étant d’être absent le plus souvent possible ou de passer son temps à Bucarest au sein de la communauté expatriée en évitant de fréquenter les Roumains.
Mais ça, ce n’était pas le genre de Casimir, voilà que l’imprudent, l’impudent, s’entêtait à dispenser des cours de qualité, lesquels recueillaient un succès et une audience grandissants auprès de ses étudiants. Il devenait populaire, on parlait de lui trop souvent dans le microcosme de l’université et de la ville.
Très mauvaise mayonnaise…
Ce qui devait arriver arriva… La Securitate, la tristement célèbre police politique du régime, finit par lui coller une sale affaire aux basques. Un montage grossier qui le plaçait au centre d’une soi-disant dérive sectaire…
Affaire bâtie de toute pièce, mais la Securitate ce n’était pas de la rigolade, vous pouviez disparaître corps et biens du jour au lendemain…
Heureusement « l’Ambassade » veillait, et réagissant à temps, réussit à tirer du pétrin notre Casimir en négociant son expulsion avec les autorités…
L’attaché culturel, bardé de sa sacro-sainte immunité diplomatique était allé exfiltrer Casmir de Galați puis l’avait escorté jusqu’à Bucarest. Le diplomate ne le lâchait plus d’une semelle. Notre ami consacra ses dernières vingt-quatre heures dans le pays à organiser le rapatriement de ses effets personnels, car il avait statutairement droit à un déménagement vers la France.
Casimir était un copain, pendant que celui-ci réglait ses formalités de départ, toujours flanqué de son garde du corps de l’Ambassade, il avait effectué la vidange de son auto dans la cour de l’école…
Le dernier soir, pour célébrer les adieux, une ultime fête s’était improvisée chez lui qui avait réuni toute la bande de potes et une partie de la communauté française.
Et c’est ainsi qu’il eut le bonheur de retrouver sa voiture stationnée dans la rue en bas de chez lui, posée sur les tambours, le lendemain matin.
C’est exactement comme cela que nous découvert la voiture au matin …
La Securitate lui adressait un petit signal amical, se rappelant de la sorte à son bon souvenir, en lui subtilisant les quatre roues…
Évidemment raconté comme tel, en France, personne ne pouvait y croire… pourtant c’était bel et bien un épisode banal du quotidien…
Cependant l’histoire de la contrebasse ne s’arrêtait pas là, pas plus que celle des roues d’ailleurs…
Le départ de Casimir intervenait quelques semaines à peine avant la fin de son propre séjour à lui, au terme de son contrat.
Casimir possédait une maison peu éloignée du pied à terre qu’il occupait en France chez les parents d’Emma. Profitant de l’aubaine, il avait emballé l’instrument en hâte et l’avait glissé dans le déménagement de Casimir, se promettant de le récupérer dès que possible. Cela lui ôtait une belle épine du pied, car comment caser ce foutu machin qui occupait à lui seul tout l’espace de sa voiture dans les bagages de retour ?
Casimir était parti le lendemain de la fête, direction la frontière hongroise, escorté par des diplomates ; il ne devait plus jamais le revoir…
Trece Timpul– Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.
(….)
Parfois, la flânerie dans les magasins réservait des trouvailles inattendues.
Il n’avait jamais été musicien. Enfant, ses parents l’avaient inscrit à la « musique », l’école de musique qui conduisait à la clique du village que dirigeait le père D. Las, il n’avait fréquenté cette école qu’un jour, la suite avait été interrompue par ses interminables crises d’asthme et il n’avait jamais repris les cours…
Il aimait les instruments à cordes et très tôt avait pincé laborieusement celles d’une guitare, un peu comme tout le monde… Jeux interdits sur une corde, Stairway for the Heaven douloureusement (pour les oreilles d’Emma) déchiffré sur une tablature de Rock’n folk… Avec ses premières payes, il s’était offert une gratte électrique, deux même… Ce n’était pas mieux, plus fort peut-être.
Mais lui, il aimait la basse et surtout la contrebasse
La contrebasse est un instrument fascinant… doum, doum, doum… fondation solide sur laquelle se construit et s’installe la musique de l’orchestre.
Une contrebasse c’est gros, c’est monstrueux… c’est encombrant et puis c’est cher.
D’aucuns diront : un violon c’est de la lutherie, une contrebasse c’est de la menuiserie… oui, certes…
Voilà qu’il était tombé en arrêt devant un sacré bon sang d’instrument, aussi haut que lui. C’était au rayon musique du grand magasin d’état UNIREA, où parfois, il tombait sur des opportunités réjouissantes. Il l’avait acquise…
Sous la géniale impulsion du directeur de l’École française qui savait mobiliser ses troupes aussi bien sur le front pédagogique que sur celui de la fête et de la réjouissance, l’équipe des profs avait aménagé une cave dans la grande tradition de Saint Germain des Prés dans les sous-sols du Service culturel de l’ambassade. La joyeuse compagnie avait poussé la plaisanterie jusqu’à monter un orchestre, une sorte de Big Band, dont le répertoire allait des Beatles à Joe Dassin.
Ils attaquaient avec « Apache », enchaînaient avec « Hey Jude » puis s’en allaient « Siffler sur la colline »…
Jojo était au Saxo, Jean-Luc à la guitare, Pépère aux percussions, enfin casseroles et cuillères, et lui à la contrebasse…
Disons qu’il se contentait de produire un son : « doum, doum, doum »… Mais comme on l’affirmerait maintenant : ça le faisait bien !
Extrait de « Inutile« – chapitre 21 : la croisière s’amuse.
(…) Le commandant attendait que la foule soit rassemblée et s’apprêtait à prononcer son discours de bienvenue quand les cris déchirants d’une vieille dame retentirent,
Il y eut un grand mouvement de confusion. J’étais placé et j’avais pu voir ce qui s’était passé; le sale gamin belge venait de jeter dans le grand aquarium qui trônait au milieu de salon, Anatole, le Chihuahua de madame Sturmbayer. La misérable bête comme tout canidé devait savoir nager, mais le problème résidait dans le fait que l’aquarium était empli de piranhas. L’eau semblait bouillir et prenait une belle couleur rouge orangé. Manifestement les poissons appréciaient cette amélioration de leur ordinaire.
Deux stewards tentaient de maitriser la pauvre femme qui voulait sauver à tout prix son petit compagnon.
La mère du gamin, hystérique, hurlait à son tour :
– Enfin Kevin qu’est-ce que tu as fait ?
Le père qui avait entamé les sandwichs, fendant la foule accourut et s’empara de son rejeton pour lui coller une bonne danse. Le moutard se mit illico à pousser des glapissements de goret que l’on égorge.
La pauvre Madame Sturmbayer venait de se trouver mal.
– Apportez-lui un verre d’eau ! clamait une rombière.
– Mais écartez-vous, donc braillait un retraité de l’armée en agitant les bras, vous voyez bien qu’elle a besoin d’air !
Une serveuse tentait en vain de repêcher le malheureux toutou avec une grande cuillère à punch. Hélas, les féroces poissons amazoniens qui avaient déjà boulotté la bestiole, s’attaquaient à la cuillère. Ce que voyant, la courageuse barmaid, horrifiée, lâcha tout dans la crainte d’être happée à son tour et dévorée toute crue dans l’aquarium.
Le commissaire de bord s’efforçait d’organiser les secours sous les yeux atterrés du commandant qui avait remis son discours dans sa poche, fort mécontent de l’incident.
Le grand déplacement Chaque président souhaite marquer son mandat par un grand projet. Quelque chose de grand qui ancrera à jamais le nom de son auteur dans l’histoire. Bon, celui-ci est gratiné…
Le réseau sonne toujours deux fois Deux réseaux bien différents et deux drames qui entrent en résonance.
Le rêve insensé de Marcus Suquerbus Marcus Suquerbus magistrat de Lugdunum, capitale des trois Gaules, en l’an 69, a de curieuses manières d’assurer l’ordre dans la cité. Big data is watching you… soon ! En latin ? euh…
Amiral, on a un problème Parfois la sécurité du monde peut être menacée par des problèmes inattendus et extravagants… Quand l’avenir s’assombrit, une dose de dérision peut constituer un remède à la morosité… (Sérieux s’abstenir, cependant une nouvelle inspirée de faits en partie réels… mais si ! mais si !)
La petite route. Journal d’un voyage Italie, Grèce, Turquie, Yougoslavie. Août 1976.
Je suis en train de terminer mon deuxième roman sous le nom de Marc Jamois. Il se présente comme une suite de Trece Timpul ou plutôt comme une conséquence de celui-ci.
Il se passe beaucoup de choses étranges et dérangeantes dans ce livre, et il se pourrait bien que cela soit le dernier écrit sous mon véritable nom.
Trece timpul raconte l’histoire d’un type qui essaie toute sa vie d’écrire un bouquin. Et on le voit naitre et progresser ce fichu bouquin Et pourtant c’est tout le contexte dans lequel il est écrit qui constitue le véritable sujet du rlivre; Une sorte de roadmovie autobiographique (l’expression m’a été fournie par un lecteur), qui débouche sur une mise en abyme du livre dans le livre.
Je pensais pouvoir présenter Inutile, c’est le titre du livre, au concours Kobo/Prélude « Les talents de demain » mais je ne suis pas tout à fait prêt. C’est pourquoi ,compte tenu du nombre de commentaires élogieux et qui m’ont surpris moi-même que j’ai reçu sur le site monBestseller.com, je vais donc proposer Trece Timpul pour ce concours.