Amiral, on a un problème…

Retour à la dérision …

C’était un concours de nouvelles. Le texte devait se terminer par : « Au fond de l’eau, j’irai nager ». Bon encore une fois manque de bol, j’ai pas gagné, on se demande bien pourquoi …

…

Jean-Louis Trouadec sue à grosses gouttes, ses efforts sont soutenus, d’aucuns diraient surhumains. Les veines de son cou se gonflent et saillent, tel l’écorché d’une sculpture du Bernin exposée par erreur à la foire du Trône. Il bloque sa respiration et contracte avec désespoir ses abdominaux. Ses yeux se révulsent, des ruisseaux d’une sueur fétide suintent sur son front plissé et dégoulinent sur sa chemise au col grand ouvert.

• Loulou, ça va ?

La voix inquiète de Lucienne Trouadec, son épouse, née de la Motte Beurrée dont l’origine de la famille remonte à la révolte des égoutiers de Quimper en 1623 (année où Wilhelm Schickard inventa la première machine à calculer sous le nom d’horloge calculante) résonne à travers la porte en bois.

Dans un souffle, plutôt un borborygme mourant, Jean-Louis lâche un lamentable non…

Disons-le tout de suite Jean-Louis Trouadec, capitaine de frégate de la Marine nationale est constipé.

Contrariété très embêtante pour un commandant de sous-marin atomique.

En effet, notre frégaton assume la redoutable responsabilité de pacha sur le Neurasthénique, submersible de dernière génération, équipé de missiles nucléaires à têtes fouineuses capables de rayer de la carte en un éclair une portion non négligeable de territoire inamical.

Oui, mais voilà, c’est recta, avant tout départ en opération, les boyaux de notre officier de marine se contractent, perturbant tout transit intestinal fluide. Nonobstant, en qualité de commandant, le capitaine de frégate Trouadec dispose à son bord de commodités privées, mais, non, rien n’y fait.

La voix de Lucienne se fait pressante, 

• Dépêche-toi mon Loulou, Le Rouzic poireaute depuis une demi-heure à la porte !

Le premier maitre Le Rouzic, chauffeur attitré de l’officier, a pour mission de le conduire à l’ile Large, la base de sous-marins de la flotte de dissuasion où l’attend son bâtiment prêt à appareiller. 

Fumasse, mal reculotté, le teint jaune, la casquette de travers et soufflant fort par le nez, Trouadec sort des cagoinces et rejoint la voiture qui doit le conduire à son bord. Inquiète, Lucienne regarde le véhicule s’éloigner en se tordant les mains d’inquiétude.

Cent dix mètres de long, la coque recouverte d’un revêtement à base de peau de merlan qui lui confère une invisibilité totale à tous les systèmes de détection, le Neurasthénique est un fleuron de la technologie nationale. Deux turbines à effet centripète gazeux, alimentées par un radiateur atomique à chaleur tournante, refroidi à l’eau de Lourdes, lui assurent une vitesse considérable et une autonomie quasi infinie. Son redoutable armement composé de trente missiles de portée intercontinentale et équipés de têtes nucléaires à neutrons volatiles est censé inspirer une saine terreur à tout agresseur normalement constitué.

La mission du sous-marin s’inscrit dans un climat international tendu. 

L’ennemi hostile a déclenché depuis deux mois une offensive brutale contre son voisin, mettant en péril la sécurité de la planète. Pour contrecarrer les mesures de rétorsion prises à son encontre, l’ennemi hostile a imposé un black-out total sur l’exportation de chrysanthèmes sur tout l’ouest du continent.  

Le gouvernement est inquiet, la date de la Toussant approchant à grands pas, on craint les effets de la pénurie sur les populations rurales, promptes à se révolter, brûler les châteaux et couper quelques têtes au passage. Déjà des troubles ont éclaté près de certains cimetières du haut pays.

L’espace de contrôle stratégique à bord d’un sous-marin ressemble à une salle de marché, installée dans un sous-sol mal éclairé. Truffée d’écrans verdâtres que scrutent, casques vissés aux oreilles, des matelots, on ne perçoit que quelques bruits sourds et humides en provenance d’on ne sait où.

Le commandant Trouadec, silencieux, juché sur un imposant fauteuil fixé sur le plancher, domine la situation. Les bras croisés, il a le regard mauvais. Les effets de son embouteillage de boyau gras commencent à lui gâcher le moral et à perturber son jugement.

Sa dernière tentative dans les commodités privées de sa cabine a été un échec cuisant. La simple vision de la cuvette en aluminium émettant un bruit d’avion à réaction au moment où l’on actionne le mécanisme de chasse a suffi pour lui contracter l’extrémité de l’intestin à l’endroit où celui-ci perd son nom.

Le second du navire, le capitaine de crevette, Hugues des Escarres des Aisselles Feutrées, jette des coups d’œil inquiets à son supérieur. 

Pur produit de l’École Navale, issu d’une vieille famille aristocratique ruinée par un grand-père volage, adepte du jeu de croquet et du french cancan, c‘est un officier austère et courageux, bien noté, prêt à faire massacrer son équipage pour sauver sa peau.

La mission n’a que quelques heures et déjà ce dernier sent que le drame confus qui se noue dans les profondeurs organiques de son commandant risque à tout moment de dégénérer en cataclysme planétaire.

Il ne se trompe pas.

Soudain, le chef du bord dégringole de sa chaise et se rue vers le compartiment arrière, partie stratégique du navire, où se situe le réacteur nucléaire. Il déverrouille les serrures à reconnaissance rétinienne des portes de sécurité et se réfugie dans l’enceinte confinée.

• Nom d’un chien ! vitupère le second, le vieux s’est carapaté avec le boitier de lancement des missiles.

• Nous voilà frais, murmure le timonier de seconde classe, Luc Craquette qui a assisté médusé à la scène.

Fort heureusement, l’incident a échappé à l’ensemble de l’équipage concentré sur ses tâches. D’une grimace éloquente, le second lui intime de garder le silence. Il est utile de rappeler que, l’officier dans sa jeunesse a remporté deux ans d’affilé, le concours de grimaces organisé au théâtre de Guignol du casino de la Bourboule. Une ville où il effectuait régulièrement des cures thermales pour soigner un nez coulant persistant.

Très inquiet par la réaction du pacha, il tambourine sur la porte blindée et braille dans l’interphone :

• Commandant, que se passe-t-il ? Ouvrez, je vous en conjure !

Le vieux gronde,

• Foutez-moi ma paix ! Je veux des cabzingues en porcelaine avec de l’eau claire et du papier molletonné triple épaisseur, sinon je fais tout péter !

• Mais enfin, commandant, vous n’y pensez pas, rendez-vous compte…

• M’en balance ! Trouvez une solution fissa, sinon…

Sur ces dernières paroles, le forcené coupe la communication.

Effondré, abasourdi, le second revient sur ses pas en se grattant la tête. Dans cette situation dramatique, une seule option s’impose.

Rompant le sacro-saint silence exigé par la procédure pour ce type de mission, il décroche le téléphone rouge qui le relie au grand quartier général de l’amirauté situé dans un bunker discret enfoui dans les profondeurs des montagnes de l’Ouest.

– Amiral, on a un problème…

L’amiral d’escadre, Philippe Delasoupe, dérangé en pleine partie de petits chevaux avec sa concierge, est de fort mauvaise humeur.

• Quoi ? Qu’y a ? qu’est-ce que c’est que ce bordel, foutrebite… (la suite de cet échange est censurée pour éviter de froisser certaines sensibilités parmi le lectorat catholique)

En quelques mots, le capitaine de crevette Hugues des Escarres des Aisselles Feutrées lui dresse un tableau de la situation.

Celle-ci n’est pas brillante… Alors que la planète vit dans l’angoisse d’une escalade de la violence avec les fourbes ennemis hostiles, que les pénuries de chrysanthèmes font redouter des troubles au plus profond des provinces, voilà qu’un sous-marin stratégique risque à tout instant de balancer ses missiles destructeurs et de déclencher l’ultime guerre mondiale.

L’amiral fulmine,

• Ah ! il commence à me courir sur le haricot ce Trouadec de mes deux !

Notons au passage que l’amiral, issu du rang, a conservé du temps où il était matelot de pont, un langage fleuri qui tranche quelque peu avec les usages policés qui règnent au sein des officiers de la Royale.

Prévenu par l’amiral, les plus hautes autorités de l’État se sont mobilisées pour gérer la situation. Une cellule de crise est convoquée dans les sous-sols du palais présidentiel.

Le chef de l’état en personne dirige la réunion constituée en urgence. 

Celle-ci se compose du chef d’état-major des forces armées, le général de brigade Lucien Fernandel, de l’amiral Philippe Delasoupe et de Madame Nicoletta Mouskouri, ministre d’État en charge des jardins publics et des arrosoirs nationaux. 

Compte tenu de la nature de la crise, le chef de cabinet du président assiste de droit aux débats. Deux éminents spécialistes, experts reconnus dans leurs domaines respectifs, ont été convoqués : le professeur Déboursec, gastro-entérologue, chef de clinique à l’hôpital des Enfants Crevés et l’ingénieur Igor Detriage, responsable de la cellule recherche et innovation au sein des établissements Mouloud Delafond, leader mondial des sanitaires en porcelaine de Limoges. 

Sitôt la situation exposée en détail par l’amiral sur le grand écran interactif, les protagonistes entament les échanges pour tenter de résoudre cette crise et enrayer l’escalade qui menace la planète.

Le président est de méchante humeur, un néon du plafonnier qui clignote commence à l’irriter, il apostrophe et morigène son chef de cabinet :

• Bon sang, Jean-Kevin, c’est bien la peine de nous faire acheter avec les deniers publics un grand écran numérique si c’est pour se gâter les yeux avec ce néon foireux !

Jean-Kevin Leblanbec s’empresse de monter sur une chaise pour dévisser l’éclairage défectueux, ce qui a pour effet d’obscurcir légèrement la salle mais d’améliorer le confort visuel des participants. 

Le professeur Deboursec lance la première idée. Selon lui, il conviendrait de parachuter une caisse de suppositoires Anticonstip aux vertus thérapeutiques reconnues, susceptibles de soulager la tuyauterie intime l’infortuné marin. 

L’amiral entame alors une explication alambiquée pour exposer les difficultés que soulève le parachutage d’une caisse de suppositoires sur un sous-marin en plongée profonde.

Vexé, l’éminent praticien se rencogne au fond de son siège en vitupérant dans sa barbe contre l’étroitesse d’esprit et la mollesse des militaires.

Le chef d’état-major interpelle à son tour son collègue marin,

• Dites voir Delassoupe, si je me rappelle bien, notre porte-avion nucléaire, l’André Verchuren est bien équipé de sanitaires traditionnels ? J’ai un souvenir de revue navale l’an dernier où l’on avait pas mal éclusé et, bon bref, ne pourrait-on pas le détourner pour permettre à Trouadec de faire son affaire dans la porcelaine du bord ?

• Le problème, soupire l’amiral c’est que notre porte-avion est actuellement en cale sèche au Groenland suite à une hélice esquintée sur la nageoire d’une fausse baleine en ferraille actionnée par des écologistes pris de boisson…

Le professeur Deboursec lève les yeux au ciel en soufflant bruyamment par le nez.

C’est alors qu’intervient l’ingénieur Igor Detriage des établissements Mouloud Delafond. Se tournant vers les militaires, il déclare :

• Si vous nous transmettez les plans de votre sous-marin, je pense que nous devrions être en mesure d’adapter notre modèle « Fleur de Capri » aux dimensions voulues et de le substituer à votre équipement métallique qui, avouons-le, demeure des plus traumatisants pour les personnes sensibles.

À ces mots, l’amiral tousse, s’étrangle et se tourne vers le Président qui se cure le nez en regardant le plafond,

• C’est le pompon ! refiler les plans à ces fabricants de cabzingues, j’vous l’dis tout net, ça me contrarie…

La discussion est soudain interrompue par le ministre des Affaires Etranges qui se glisse dans la salle et dépose une note sous le nez du chef de l’État. À la lecture du document, celui-ci blêmit et collant discrètement sous la table le petit extrait de revêtement nasal qu’il vient d’extirper de son long tarin, déclare la voix tremblante :

– Cette fois, ça se corse, le Conseil de Sécurité des Nations Horrifiées vient de voter une nouvelle série de sanctions à l’encontre des ennemis hostiles : un embargo total sur l’exportation des raquettes de ping-pong est décrété…

Un « oh » prolongé et atterré secoue l’assistance.

Le Président tape du poing sur la table, le chef de l’état retrouve sa stature de Père de la Nation et de chef des armées :

– Maintenant ça suffit ! pas de tergiversation, amiral Delassoupe, je vous ordonne de confier les plans de ce fichu barlu à Monsieur, puis se tournant vers l’ingénieur de recherche Igor de Triage,

– Et vous, je vous donne vingt-quatre heures pour réaliser ce fichu cabinet !

– Chromé ou en plastique ?

– Comment ça chromé ou en plastique ??

– Non, mais, monsieur le Président, c’est pour le mécanisme de chasse d’eau; vous le voulez chromé ou en plastique ? Parce qu’évidemment chromé, c’est plus cher, mais c’est aussi plus coquet et solide…

– Chromé  ! nom d’un chien, chromé !

Et sur ces dernières paroles le Président, se lève, se dirige vers la sortie, claque la porte et remonte vers son bureau, suivi comme un toutou par Jean Kevin Leblanbec, son chef de cabinet, qui trottine derrière lui en couinant.

La corvette de lutte anti-sous-marine, Georgette Plana n’a pas l’élégance des avisos coloniaux d’autrefois. C’est un navire austère, dépourvu de hublot, massif, à l’aspect de fer à repasser, mais truffé d’électronique et d’armements sophistiqués.

Vingt-quatre heures à peine se sont écoulées depuis la décision du Président. Les établissements Mouloud Delafond ont réalisé des prodiges. Le modèle de toilette « Fleur de Capri », doté d’un mécanisme de chasse chromé, adapté aux dimensions précises du sous-marin, est soigneusement emballé dans un container étanche ficelé à fond de cale. 

La corvette se positionne à dix miles au large du cap des Fumistes à l’endroit où le plateau continental remonte à la profondeur idéale de cent mètres. Une opération de sauvetage bidon a été organisée pour dissimuler la vraie raison de la présence du navire à cet endroit. Un faux kitesurfer a été largué sur zone. L’individu est en réalité un nageur de combat, champion académique du cinquante mètres brasse coulée en petit bassin. 

De son côté, le Neurasthénique a manœuvré pour rejoindre cette position.

À son bord, l’angoisse règne. Trouadec toujours barricadé dans le compartiment du réacteur nucléaire a posé un ultimatum qui expire dans deux heures.

La corvette embarque également un Deep Submergence Rescue Vehicles, c’est-à-dire un petit sous-marin de secours dans lequel le précieux dispositif élaboré par les établissements Mouloud Delafond a été transféré au dernier moment.

Tandis que Jean-Paul Rouston, le nageur de combat, effectue de grands moulinets avec les bras pour détourner l’attention, l’engin de sauvetage est mis à l’eau en toute discrétion et plonge illico pour venir se fixer sur l’écoutille prévue à cet effet sur le Neurasthénique.

Le second a renoué la communication avec le mutin

• Ça y est commandant, nous avons ce que vous exigiez !

• Nan ! j’en veux plus !

• ???

La lourde porte est brusquement déverrouillée, le capitaine de frégate Jean-Louis Trouadec surgit tel un diable de sa boîte ! Il cavale à travers les coursives et se rue sur l’écoutille principale du submersible qu’il tente d’ouvrir.

• J’veux sortir ! hurle le commandant.

• Vous n’y pensez pas ! Nous sommes en plongée !

• M’en fous !

• Mais enfin que voulez-vous ?

• Au fond de l’eau, j’irai nager.

• Y’a qu’ça qui m’fait du bien !

Trece Timpul

Autrefois, je tenais un blog. J’y déposais des fragments de vie, des souvenirs de voyages, des épisodes parfois insolites, parfois franchement rocambolesques, glanés au fil de nos expatriations. Une sorte de carnet de bord où se mêlaient le quotidien, l’aventure et quelques rencontres improbables.

Puis une question s’est imposée : que resterait-il de tout cela dans quelques années ? Les souvenirs ont la fâcheuse habitude de s’effacer, et les blogs, contrairement à ce que l’on croit, ne sont pas éternels. Une panne, un oubli, un hébergeur qui disparaît… et toute une mémoire peut s’évaporer.

C’est ainsi qu’est née l’idée d’écrire un livre.

Dans mes tiroirs sommeillait déjà l’ébauche d’un récit inachevé. J’ai donc choisi la voie du roman. Comme aurait pu le dire Coluche, c’est l’histoire d’un type qui essaie d’écrire un livre. Un étrange récit avec le temps en filigrane et qu’il trimbale de pays en pays sans jamais le terminer.

Mais, page après page, sans vraiment s’en rendre compte, il découvre que le sujet de son livre n’est pas celui qu’il croyait. Car derrière les voyages, les rencontres et les péripéties se dessine peu à peu une autre histoire.

La sienne. La mienne…

Périple tortueux d’une contrebasse roumaine (4) – Ou comment traverser l’Allemagne avec des pneus à clous en été

Pour « le punir », d’avoir hébergé et facilité le départ d’un dangereux « agitateur sectaire » la sinistre Securitate roumaine avait donc subtilisé les quatre roues de sa quatre L.

Pour être précis, il convient tout d’abord indiquer qu’il avait troqué au bout de quelques mois en Roumanie, sa valeureuse Lada pour une Renault 4 fourgonnette, véhicule plus français que la Lada russe, mais surtout plus pratique pour les échappées en camping des weekends et vacances.

Pas très méchant dirons-nous, comme il était proche de l’Ambassade de par son statut dans le pays, il s’agissait, pourrait-on dire, d’une touche d’humour de la part ses amis barbouzes… 

Mais ce qui aurait pu paraître dérisoire au premier abord s’avérait en réalité fichtrement complexe à résoudre…

Comme d’habitude, il avait fallu faire contre mauvaise fortune bon cœur et déployer des trésors d’imagination pour se tirer de ce vilain pas.

À commencer par dénicher quatre roues de 4 L. Rappelons qu’en Roumanie, à l’époque, il était avant tout possible de rouler qu’en Dacia « o mie tre sute »… Dacia treize cent… Ersatz de Renault 12… 

Attention ! pas d’enthousiasme inconsidéré, en mille neuf cent quatre-vingt-deux on était loin, très loin des succès de la Logan des années deux mille en France ! Et pas moyen d’adapter les roues de la căruță locale à une « exotique » quatre L. 

Pas d’espoir non plus côté Lada, les pièces détachées des véhicules du grand frère soviétique ne risquaient pas d’assurer le roulement harmonieux de notre voiture de plombier de l’ouest décadent… 

Ah ! certes on avait bien ri ! Mais comment permettre à la pauvre auto de tracer sa route de nouveau ? 

Pour commencer, c’était simple : utiliser les deux roues de secours. Dame ! vu que l’on crevait à tire-larigot, rapport aux clous des fers perdus par les chevaux tirant les căruță le long des voies de circulation roumaines… 

Deux roues de secours, c’était un minimum pour se déplacer un tant soit peu dans ce beau pays !

Et de deux…

Pour la suite, richissime occidental il était doté du confort absolu et possédait de surcroit deux roues chaussées de pneus cloutés pour l’hiver.

Eurêka ! deux plus deux égal quatre… équation gagnante !

Oui, mais… pour fixer quatre roues… encore fallait-il disposer des écrous had oc… 

Va ‘en trouver ça en Roumanie en 1980… certes on aurait pu bricoler … comme les Roumains.

Et allez savoir, filetage à la noix ou quoi, pas moyen de se procurer lesdits écrous dans le commerce local…

Et c’est comme ça, qu’il reçut par la valise diplomatique du mercredi, douze boulons flambant neufs via le Service Auto des Ambassades (officine bien connue des vieux expats !)

Et deuxième conséquence : une traversée de la Germanie avec une voiture chaussée de roues cloutées, au cœur de l’été, alors que la chose était déjà « streng verboten » en plein hiver ! 

Des pneus à clous !!! et en plus en été !!!

D’où l’attaque d’apoplexie du garde-frontière à casque à pointe à la sortie du territoire à la vue de ces pneus… Mais… Raus ! 

Il faut dire que l’on parle d’un temps où les postes de douane marquaient encore la frontière de part et d’autre du Rhin…

Parcours tortueux d’une contrebasse roumaine – (3) – ou comment paumer une contrebasse entre Danube et vallée du Giers

Trece Timpul – Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.

(…)

Une ou deux années s’étaient écoulées. Un été, alors qu’il était en vacances en France, il s’était décidé à renouer avec Casimir pour tenter de récupérer la contrebasse…

Le numéro de téléphone qu’il avait noté fonctionnait encore et il tomba sur son père qui lui expliqua que son fils n’était pas là, mais qu’il disposait des clefs et qu’il pouvait lui ouvrir la maison. Oui, oui, une contrebasse, ça lui disait quelque chose.

Le domicile de Casimir se trouvait dans un hameau perdu sur les flancs du Pilat, ce même massif où il aurait bien plus tard, lui aussi, sa propre demeure en pierres…

La fermette n’était pas immense, accompagné par le père de Casimir, le tour en fut vite terminé… mais de contrebasse, point.

Merde ! Voilà qu’il réalisait qu’il avait paumé un instrument de la taille d’un veau… entre Danube et vallée du Giers… une paille !

Le bonhomme se souvenait que la maison avait été cambriolée l’année précédente… Fichtre, des monte-en-l’air mélomanes… dans la vallée du Giers, ce n’était pas de chance…

Alors qu’il s’apprêtait à partir, il aperçut au-dessus d’un escalier une petite porte. Bon sang, mais c’était bien sûr ! le cagibi ! il se glissa dans l’étroite ouverture et, oui, elle était là, emballée dans ce même tissu à carreaux rouges et blancs. Intacte, impeccable !

C’est exactement comme cela qu’elle m’apparrut alors que j’allais partir …

Il avait retrouvé son cher instrument !

Doum, doum, doum…

Mais le feuilleton de la contrebasse perdue ne s’arrêtait pas à cet instant.

(…)

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Périple tortueux d’une contrebasse roumaine. (2) Embrouilles avec la Securitate

Trece Timpul – Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.

(….)

Quand on vous dit qu’une contrebasse c’est volumineux… Il avait été obligé de scier les montants du coffre de sa Lada pour pouvoir la trimballer et aller aux répètes.

Une contrebasse, c’est gros, en principe, ça ne s’égare pas comme ça. 

C’est pourtant ce qui lui était arrivé dans des circonstances particulières… Tout cela grâce ou à cause de Casimir.

Casimir était le lecteur de l’université de Galați (prononcer « galatz »), une ville située dans le delta du Danube. 

Être assistant étranger dans une faculté roumaine pendant les années Ceauşescu, c’était très simple : il convenait d’en faire le minimum. Le mieux étant d’être absent le plus souvent possible ou de passer son temps à Bucarest au sein de la communauté expatriée en évitant de fréquenter les Roumains. 

Mais ça, ce n’était pas le genre de Casimir, voilà que l’imprudent, l’impudent, s’entêtait à dispenser des cours de qualité, lesquels recueillaient un succès et une audience grandissants auprès de ses étudiants. Il devenait populaire, on parlait de lui trop souvent dans le microcosme de l’université et de la ville. 

Très mauvaise mayonnaise…

Ce qui devait arriver arriva… La Securitate, la tristement célèbre police politique du régime, finit par lui coller une sale affaire aux basques. Un montage grossier qui le plaçait au centre d’une soi-disant dérive sectaire…

Affaire bâtie de toute pièce, mais la Securitate ce n’était pas de la rigolade, vous pouviez disparaître corps et biens du jour au lendemain…

Heureusement « l’Ambassade » veillait, et réagissant à temps, réussit à tirer du pétrin notre Casimir en négociant son expulsion avec les autorités… 

L’attaché culturel, bardé de sa sacro-sainte immunité diplomatique était allé exfiltrer Casmir de Galați puis l’avait escorté jusqu’à Bucarest. Le diplomate ne le lâchait plus d’une semelle. Notre ami consacra ses dernières vingt-quatre heures dans le pays à organiser le rapatriement de ses effets personnels, car il avait statutairement droit à un déménagement vers la France.

Casimir était un copain, pendant que celui-ci réglait ses formalités de départ, toujours flanqué de son garde du corps de l’Ambassade, il avait effectué la vidange de son auto dans la cour de l’école… 

Le dernier soir, pour célébrer les adieux, une ultime fête s’était improvisée chez lui qui avait réuni toute la bande de potes et une partie de la communauté française.

Et c’est ainsi qu’il eut le bonheur de retrouver sa voiture stationnée dans la rue en bas de chez lui, posée sur les tambours, le lendemain matin. 

C’est exactement comme cela que nous découvert la voiture au matin …

La Securitate lui adressait un petit signal amical, se rappelant de la sorte à son bon souvenir, en lui subtilisant les quatre roues… 

Évidemment raconté comme tel, en France, personne ne pouvait y croire… pourtant c’était bel et bien un épisode banal du quotidien…

Cependant l’histoire de la contrebasse ne s’arrêtait pas là, pas plus que celle des roues d’ailleurs…

Le départ de Casimir intervenait quelques semaines à peine avant la fin de son propre séjour à lui, au terme de son contrat. 

Casimir possédait une maison peu éloignée du pied à terre qu’il occupait en France chez les parents d’Emma. Profitant de l’aubaine, il avait emballé l’instrument en hâte et l’avait glissé dans le déménagement de Casimir, se promettant de le récupérer dès que possible. Cela lui ôtait une belle épine du pied, car comment caser ce foutu machin qui occupait à lui seul tout l’espace de sa voiture dans les bagages de retour ?

Casimir était parti le lendemain de la fête, direction la frontière hongroise, escorté par des diplomates ; il ne devait plus jamais le revoir…

(…)

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Périple tortueux d’une contrebasse roumaine. (1)

Trece Timpul – Extrait de chapitre 2 : Ceauşescu şi poporul.

(….)

Parfois, la flânerie dans les magasins réservait des trouvailles inattendues.

Il n’avait jamais été musicien. Enfant, ses parents l’avaient inscrit à la « musique », l’école de musique qui conduisait à la clique du village que dirigeait le père D. Las, il n’avait fréquenté cette école qu’un jour, la suite avait été interrompue par ses interminables crises d’asthme et il n’avait jamais repris les cours…

Il aimait les instruments à cordes et très tôt avait pincé laborieusement celles d’une guitare, un peu comme tout le monde… Jeux interdits sur une corde, Stairway for the Heaven douloureusement (pour les oreilles d’Emma) déchiffré sur une tablature de Rock’n folk… Avec ses premières payes, il s’était offert une gratte électrique, deux même… Ce n’était pas mieux, plus fort peut-être.

Mais lui, il aimait la basse et surtout la contrebasse

La contrebasse est un instrument fascinant… doum, doum, doum… fondation solide sur laquelle se construit et s’installe la musique de l’orchestre.

Une contrebasse c’est gros, c’est monstrueux… c’est encombrant et puis c’est cher.

D’aucuns diront : un violon c’est de la lutherie, une contrebasse c’est de la menuiserie… oui, certes…

Voilà qu’il était tombé en arrêt devant un sacré bon sang d’instrument, aussi haut que lui. C’était au rayon musique du grand magasin d’état UNIREA, où parfois, il tombait sur des opportunités réjouissantes. Il l’avait acquise…

Sous la géniale impulsion du directeur de l’École française qui savait mobiliser ses troupes aussi bien sur le front pédagogique que sur celui de la fête et de la réjouissance, l’équipe des profs avait aménagé une cave dans la grande tradition de Saint Germain des Prés dans les sous-sols du Service culturel de l’ambassade. La joyeuse compagnie avait poussé la plaisanterie jusqu’à monter un orchestre, une sorte de Big Band, dont le répertoire allait des Beatles à Joe Dassin.

Ils attaquaient avec « Apache », enchaînaient avec « Hey Jude » puis s’en allaient « Siffler sur la colline »… 

Jojo était au Saxo, Jean-Luc à la guitare, Pépère aux percussions, enfin casseroles et cuillères, et lui à la contrebasse… 

Disons qu’il se contentait de produire un son : « doum, doum, doum »… Mais comme on l’affirmerait maintenant : ça le faisait bien !

(…)

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Drame dans un aquarium

Extrait de « Inutile«  – chapitre 21 : la croisière s’amuse.

(…) Le commandant attendait que la foule soit rassemblée et s’apprêtait à prononcer son discours de bienvenue quand les cris déchirants d’une vieille dame retentirent,

– Anatole ! Anatole ! Oh ! mon Dieu  ! Faites quelque chose ! C’est affreux, c’est horrible !

Il y eut un grand mouvement de confusion. J’étais placé et j’avais pu voir ce qui s’était passé; le sale gamin belge venait de jeter dans le grand aquarium qui trônait au milieu de salon, Anatole, le Chihuahua de madame Sturmbayer. La misérable bête comme tout canidé devait savoir nager, mais le problème résidait dans le fait que l’aquarium était empli de piranhas. L’eau semblait bouillir et prenait une belle couleur rouge orangé. Manifestement les poissons appréciaient cette amélioration de leur ordinaire.

Deux stewards tentaient de maitriser la pauvre femme qui voulait sauver à tout prix son petit compagnon.

La mère du gamin, hystérique, hurlait à son tour : 

– Enfin Kevin qu’est-ce que tu as fait ?

Le père qui avait entamé les sandwichs, fendant la foule accourut et s’empara de son rejeton pour lui coller une bonne danse. Le moutard se mit illico à pousser des glapissements de goret que l’on égorge.

La pauvre Madame Sturmbayer venait de se trouver mal. 

– Apportez-lui un verre d’eau  ! clamait une rombière. 

– Mais écartez-vous, donc braillait un retraité de l’armée en agitant les bras, vous voyez bien qu’elle a besoin d’air !

Une serveuse tentait en vain de repêcher le malheureux toutou avec une grande cuillère à punch. Hélas, les féroces poissons amazoniens qui avaient déjà boulotté la bestiole, s’attaquaient à la cuillère. Ce que voyant, la courageuse barmaid, horrifiée, lâcha tout dans la crainte d’être happée à son tour et dévorée toute crue dans l’aquarium.

Le commissaire de bord s’efforçait d’organiser les secours sous les yeux atterrés du commandant qui avait remis son discours dans sa poche, fort mécontent de l’incident.

(…)

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Des nouvelles ?

Le grand déplacement
Chaque président souhaite marquer son mandat par un grand projet. Quelque chose de grand qui ancrera à jamais le nom de son auteur dans l’histoire. Bon, celui-ci est gratiné…

Le réseau sonne toujours deux fois
Deux réseaux bien différents et deux drames qui entrent en résonance.

Le rêve insensé de Marcus Suquerbus
Marcus Suquerbus magistrat de Lugdunum, capitale des trois Gaules, en l’an 69, a de curieuses manières d’assurer l’ordre dans la cité.
Big data is watching you… soon !
En latin ? euh…

Amiral, on a un problème
Parfois la sécurité du monde peut être menacée par des problèmes inattendus et extravagants… Quand l’avenir s’assombrit, une dose de dérision peut constituer un remède à la morosité…
(Sérieux s’abstenir, cependant une nouvelle inspirée de faits en partie réels… mais si ! mais si !)

La petite route.
Journal d’un voyage Italie, Grèce, Turquie, Yougoslavie. Août 1976.

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